Carama : La population vit la peur au ventre

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Les habitants du quartier Carama, Gahahe et Gatunguru vivent toujours une peur totale. Ils craignent qu’ils soient un jour emportés par la rivière Gasenyi dont les berges ont été emportées par cette rivière. Certains habitants ont déjà déménagé de peur d’être complétement inondés. Ils indiquent qu’ils dorment sans l’espoir de se lever. De surcroit, ils demandent aux services habiletés d’intervenir avant que la situation ne s’empire

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Il est dix heures du matin. Une équipe de reporters du Journal Ejoheza News débarquent au quartier Carama. Ils empruntent la route séparant ce quartier et le quartier Gatunguru et  Gahahe.  Cette route est longée par un grand caniveau transportant une grande quantité d’eau dont on ignore la source. Pourtant, des eaux en provenance des ménages se déversent dans ce caniveau. Ce qui fait que quand il pleut ou pas, il y a toujours de l’eau dans ce caniveau. Sur le long des bords de ce caniveau, des tas de sables, de graviers et de moellons s’observent. Les extracteurs de sable sont dans le caniveau. Torse nue ou habillée, ils extraient du sable dans ce caniveau. A la question de savoir s’ils le font par bonne foi ou à des fins pécuniaires, ces extracteurs répondent : « c’est une manière de faire le curage de cette rivière. Si nous ne le faisons pas, Carama serait complètement inondé. De plus, nous faisons ce curage pour gagner du pain. Un camion de type Ben rempli de sable s’acheté à 35 000 FBu. Cependant, nous sommes nombreux. Après le partage, on reste avec presque rien ». Ces derniers affirment qu’ils parviennent quand même  à subvenir à certains  besoins.

Suite à la menace de l’eau et d’extracteurs de sable, à certains endroits, les berges du caniveau ont cédé  ou sont sur le point de céder. Les pierres qui constituaient les murs de ce dernier sont déjà démolies ou sur le point de l’être. Les riverains alertent que si rien n’est fait dans l’immédiat, le caniveau risque d’endeuiller le quartier Carama.

« Nous éprouvons une grande peur »

« Quand il pleut, le cœur migre vers la tête. Nous éprouvons une grande peur. Même ceux qui sont endormis se réveillent pour voir comment se protéger », témoigne un habitant de Carama rencontré dans sa parcelle en train de déboucher un caniveau qui passe devant sa parcelle. Il ajoute que quand il pleut, même à faible quantité, chacun trouve son moyen de se protéger. Un élève rencontre chez parents témoigne : «  Quand il pleut et que l’eau commence à monter les murs, je m’accroche sur les grillages des fenêtres. Mais c’est fatigant car, je dois y rester jusqu’à ce que l’eau coule. Ceux qui ne parviennent pas à s’accrocher aux grillages superposent les chaises sur la table et se tiennent dessus ». D’autres affirment que quand il pleut, ils montent dessus la toiture ou la clôture toujours avec la peur que ces  infrastructures  puissent s’écrouler et emporter leurs vies. Ils affirment n’avoir nulle part où aller s’installer d’autant plus qu’ils ont contracté des crédits bancaires pour construire ces maisons. Certaines maisons sont déjà abandonnées. Elles ont été envahies par l’eau à tel point que tous les équipements ont été endommagés.

Les murs de soutènement de la rivière totalement enterrés 

 A certains endroits, les murs de stabilisation des berges de la rivière Gasenyi ne se voient plus alors que ces derniers ont une hauteur de 1,70 m. Personne  ne saura qu’il y avait cette hauteur. Les bordures ont été effacées par les sédiments. Rien n’est plus visible sauf les sédiments qui ont pris place. Quand la  pluie tombe, l’eau coule dans les ménages. Les riverains qui résistent encore au déménagement demandent que soient reconstruits les murs de cette rivière et augmente sa largeur et sa hauteur. Sinon, tous les efforts sont voués  à  l’échec. D’emblée, faire le curage régulier.

Le bassin d’écrêtement présente déjà des fissures

Cette infrastructure a un périmètre de 267 m. Elle est construite en béton armé et possède une capacité de rétention de 18 000 m3. Son rôle se limite à atténuer le volume de l’eau de la rivière Gasenyi qui inondait régulièrement le quartier Carama. L’eau entre pour ensuite sortir et continuer son cours normal. C’est une sorte de bassin de repos pour l’eau de cette rivière afin de casser sa pression. Cependant, actuellement, l’état de ce bassin inquiète. Des fissures s’observent à certains endroits. A l’intérieur de ce dernier, différentes sortes de débris y sont déposées. Il s’agit de morceaux de bois, d’arbres, des racines d’arbres arrachés. Aussi, du sable, de la boue, du gravier et des moellons sont charriés par la rivière Gasenyi. D’après les informations recueillies sur place, le bassin d’écrêtement a été fragilisé la machine à base de laquelle on effectue le curage de cette rivière.

Notons que la pluie torrentielle s’est abattue sur Bujumbura et ses environs dans la nuit du 9 au 10 février 2014 (jusqu’à 80 mm de précipitations enregistrés entre 20h et 23h30 le 9 février). Ces précipitations ont engendré des ruissellements importants sur les pentes voisines, des glissements de terrains et la rupture d’une retenue spontanée sur la rivière Gasenyi, en amont d’un quartier populaire non viabilisé « Gatunguru », dans lequel la plupart des victimes résidaient. Les pluies ont par ailleurs provoqué le débordement des rivières Gikoma et Nyabagere et inondé la plaine en bordure du lac Tanganyika. Les communes de Buterere, Isare, Kamenge, Kinama et Mutimbuzi ont subi plus de 80% des dommages. Près de 1 000 habitations se sont effondrées, un grand marché a été emporté, 20 000 personnes se sont retrouvées sans abri et 77 morts ont été enregistrées. En termes d’infrastructures, l’événement a endommagé les routes, les ponts, les réseaux d’adduction en eau potable et d’électricité ainsi que deux marchés.

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About the Author: Mathias Ntibarikure

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