CVR : « L’ancienne province de Bururi fortement touchée par les massacres de 1972 »

Mardi 15/09/2020, sur la colline Gikuzi, commune Vugizo en province de Makamba, la Commission Vérité et Réconciliation (CVR) a procédé au lancement officiel de l’exhumation des restes humains des victimes des massacres de 1972 enterrés dans 8 fosses communes dont 7 datant de 1972 et une de 1997

Sur   la colline Gikuzi, zone Matyazo de la commune Vugizo en province de Makamba, les fosses communes sont alignées sur le pourtour du terrain de football, non loin de l’ancien bureau communal de Vugizo et du tribunal de résidence.

Amb.Pierre Claver Ndayicariye, président de la Commission Vérité et Réconciliation indique que cette commission mène depuis plusieurs semaines, des investigations sur les massacres de 1972 qui ont éclaté dans le Sud-ouest du Burundi. Il fait savoir que ces tueries représentent une des tragédies les plus sanglantes que le Burundi a connues.

A l’époque, dit-il, la province de Bururi comprenait les arrondissements de Bururi et Makamba. Plus tard, ces entités territoriales ont été transformées en provinces. Le président de la CVR fait savoir que les entités concernées par les enquêtes en cours sont la  Bururi, Makamba et Rumonge. Il précise que la spécificité de cette ancienne province tient au fait que c’est la région qui a enregistré  plus de victimes que les autres provinces. « La province de Bururi a été la plus sinistrée, toutes les catégories confondues », fait il savoir avant de préciser : « Le passage des hommes armés dits « Mulelistes » aurait été suivi par le triage et le massacre des hommes adultes et valides, tueries ayant pour motif la vengeance à caractère ethnique ».

Des victimes innocentes majoritairement Hutu

L’Amb.Ndayicariye informe que la majorité des victimes sont des Hutu tués au moment où ils répondaient à l’appel de l’administration locale qui, les invitait à une réunion de consolidation de la paix et d’unité qui devrait se tenir au bureau communal de l’époque. « Les victimes étaient originaires de plus de 20 collines, et plusieurs d’entre elles ont été tuées », déplore Ndayicariye. Il précise que ces victimes étaient des innocents et personne ne peut justifier ces massacres. Il ajoute que certaines femmes ont été violées, d’autres ont fui le pays à cette époque. Il souligne que leurs biens ont été pillés.

Amb.Ndayicariye promet d’approcher ces administrateurs encore en vies afin qu’ils puissent fournir des informations dont ils disposent.

Les rescapés témoignent

Justin  Ntezukobagira est l’un des rescapés des massacres de 1972. Il est né en 1963 sur la colline  Kiyazi de la commune Vugizo. Il a été administrateur de cette commune pendant 15 ans (2005-2015).  « En 1972, j’avais 9  ans ; j’ai vu ce qui s’était passé. Mon père a été victime de cette tragédie.  Moi aussi, j’ai failli mourir avec ma maman qui portait un bébé de 3 mois. J’ai été sauvé par une personne Tutsi », témoigne-t-il.  Et d’indiquer : « On rassemblait les gens, on les séparait selon leurs ethnies, et on les tuait sur place. On estimait à  plus de 300 le nombre de personnes tuées sur le terrain de football de l’ancien bureau communal et du tribunal de résidence. Toutes ces personnes ont été jetées dans des fosses communes ».

M.Ntezukobagira demande que la justice soit faite et que les biens spoliés soient restitués  aux familles des victimes. Selon lui, la CVR doit faire des enquêtes approfondies afin de connaitre les mobiles  de ces massacres et leurs commanditaires.  

Josephat Nzeyimana est un rescapé de 1972. Il habite la même colline. En 1972, il ’avait 12 ans. « Les familles  des Tutsi ont fui vers Bururi pendant une période de deux semaines. Mon père a été tué par des militaires le 15 mai 1972  et ils l’ont  jeté dans une toilette », dit-il. « L’Etat doit reconnaitre nos souffrances. Nous ne voulons pas la vengeance, mais plutôt nous demandons d’être réparés», souhaite M.Nzeyimana.

Né en 1946 à la colline Jongwe de la commune Vugizo, Ismael Girukwishaka est un autre rescapé de 1972. « Les massacres de 1972 ont eu lieu au moment où j’avais 26 ans. Mes voisins ont participé dans une réunion convoquée par l’administration et moi, je me suis caché dans un champ de haricot. Tous les participants Hutu ont été tués et j’ai fui vers la Tanzanie. J’ai passé 39 ans dans ce pays », certifie Girukwishaka. Il souhaite une réconciliation nationale car selon lui,  ce qui s’était passé est passé.

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About the Author: Dieudonné Bukuru

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