La consommation des drogues chez les jeunes : Un défi pour leur épanouissement

Sous le thème : « Impact négatif de la consommation des drogues sur la jeunesse, et ce à l’endroit des parents », l’Association de Lutte contre la Malaria (ALUMA-Burundi) a organisé samedi 29 août 2020 un atelier sur les effets néfastes de la consommation des drogues. Les parents sont appelés à sensibiliser et discuter avec leurs enfants sur les méfaits de la consommation des drogues afin de préparer leur avenir.

Dr Lydia Raïssa Ihorimbere, médecin au centre de désintoxication et d’accompagnement psychosocial fait savoir que les effets des drogues sur le cerveau sont sans équivoques. Elle indique que ces derniers peuvent conduire à des troubles mentaux irréversibles.  Elle explique que les psychotropes ont des effets pervers sur l’organisme. Pour elle, en plus des troubles mentaux, certains consommateurs de drogues contractent des pathologies dont le SIDA et  les hépatites. Pour les femmes enceintes, fait-elle remarquer, la consommation de drogues peut provoquer des accouchements prématurés.  « Les consommateurs de drogues peuvent avoir des problèmes sexuels et, surtout des problèmes d’infertilité auxquels on ajoute des problèmes cardiaques, états dépressifs, des cancers du poumon, des problèmes de vision et d’audition, etc »,  fait savoir Dr Ihorimbere.

Dr Ihorimbere informe que depuis l’ouverture du centre de désintoxication et d’accompagnement psychosocial en novembre 2019 jusqu’en Août 2020, sur 156 patients  accueillis à ce centre, 126 étaient des consommateurs des drogues, soit 80.7% des cas.

Parmi ces derniers, les hommes dominent avec un pourcentage de 92%. La tranche d’âge inférieure ou égale à 30 ans est représentée à 78,57%  des cas tandis que la moyenne est de 26 ans avec des extrêmes 15ans et 30 ans.

Selon ces données statistiques, la majorité des patients habitent la commune Ntahangwa avec 92% des cas, suivie par la commune de Mutimbuzi de Bujumbura avec 5,6% des cas, Muha et Mukaza représentent1,6% chacune.  Dr Ihorimbere indiquent que les drogues consommées sont entre autres le cannabis, le tabac, le booster, les boissons prohibées, la colle, le diazépam, l’héroïne et l’essence avec respectivement 90,4% des cas pour le cannabis; 82,53% des cas pour le tabac; 80,15% des cas pour le booster;  34,12% des cas pour les boissons prohibées comme Kalibu; 2,38% des cas pour la colle; 1,58% des cas pour le diazépam ; 1,58% des cas pour l’héroïne et 0,79% des cas pour l’essence.

Des  causes de la prise de la drogue

Mme Séraphine Niyakire est psychologue au centre de désintoxication. Elle précise qu’il est très difficile de savoir pourquoi une personne se drogue. Elle fait savoir que les  raisons qui poussent une personne à expérimenter une drogue sont multiples. Elle cite par exemple ceux qui se droguent pour s’amuser et se détendre, faire des expériences diverses, faire face à des problèmes sociaux, appartenir à un groupe ou améliorer ses performances.

Espoir Uwase, psychologue à ce centre ajoute que les tempéraments sont souvent les causes qui poussent les gens à expérimenter de telle ou telle autre activité. Il en distingue quatre dont le sanguin, le flegmatique, le mélancolique et le colérique. De tous ces quatre tempéraments, il informe qu’il y a des qualités et des défauts. Et d’inviter les parents à étudier les tempéraments de leurs enfants pour mieux décortiquer ce qu’ils aiment ou pas.

Des conséquences de la consommation des drogues

Espoir Uwase  indique que les conséquences de la consommation des drogues  sont de  plusieurs domaines. Au niveau neuropsychique, il signale la dépendance, l’addiction et le patient obnubilé par la consommation des drogues viennent en tête. « La confusion, l’angoisse et les troubles mentaux passagers s’observent sur plan mental à court terme tandis qu’à long terme, les troubles psychiques, la dépression, le comportement antisocial, la tentative de suicide et l’agressivité peuvent se manifester », explique Uwase le psychologue.

Des défis encore

Espoir Uwase rappelle certains défis observés chez l’usager de la drogue. Il y a la tentative de cacher sa consommation,  la méconnaissance de la  problématique liée à la consommation des drogues, difficultés d’avoir la motivation d’arrêter ou de demander l’aide pour arrêter les drogues, etc. Il explique des défis auxquels les parents font face. Il y a  le manque de conversation entre parent et enfant, le découragement, la mise à l’écart des enfants consommateurs, etc.

« Les consommateurs de la drogue ne sont pas à rejeter »

«  La consommation des drogues est un fait réel  au Burundi. Elle  se répand sur  tous les coins du pays et son impact est d’ordre social, économique et sanitaire »  fait savoir Albert Mbonerane, Représentant Légal de l’ALUMA-Burundi. Amb.Mbonerane explique que le trafic et l’abus des drogues  figurent parmi les causes de mortalité et de morbidité au Burundi. Et d’indiquer que sa  consommation  est plus concentrée dans les centres urbains qu’ailleurs.

Amb.Mbonerane reconnaît que la santé humaine concerne tout le monde. Il indique que les consommateurs de la drogue ne sont pas à rejeter. Pour  lui, il faut que les parents comprennent leurs enfants et prennent des mesures qui ne les discriminent pas, mais qui les socialisent. Ce qui pourrait donc contribuer à leur réintégration sociale qui, selon lui, le but ultime de son centre de désintoxication et d’accompagnement psychosocial.

Albert Mbonerane souhaite qu’il y ait à part entière  un programme national de santé mentale pour prendre en charge les usagers des drogues afin qu’ils ne soient pas discriminés.

Il demande aux parents de comprendre leurs enfants et leurs  tempéraments, ne pas se décourager, d’accueillir leurs enfants, de les  accompagner, de ne pas les marginaliser,  les indexer et les rejeter.

Selon Mbonerane, l’Etat doit éradiquer le commerce des stupéfiants et soutenir des centres de désintoxication.

Amb. Albert plaide pour la mise en œuvre de l’ordonnance ministérielle no  630/894 du 01 Juin 2020 portant détermination de la liste des substances classées comme stupéfiants psychotropes, précurseurs et boissons prohibées. L’article 14 de cette ordonnance stipule qu’il est interdit de produire, d’exploiter, d’importer, de vendre, de transporter et de consommer des boissons distillées clandestinement, des vins et liqueurs sans licence ou autorisation délivrée par le Ministre ayant le commerce  dans ses attributions après avis du Ministère ayant la Santé Publique dans ses attributions.  L’article 13 précise que sont considérées comme boissons prohibées, les boissons communément appelées Umunanasi, Umukororajipo, Igikwete, Umugorigori, Ikibarube, Umudiringi, Igiti, Kanyanga, Kalibu et Igisubi.

Signalons que les produits comme le Booster, Failo, Chicha, Khat, Colle et essence destiné à la consommation humaine rentrent également dans la catégorie des nouvelles drogues de synthèse comme le stipule l’article 15. Selon l’article 16, la production, l’importation, la vente, le transport et la consommation de ces produits ci-haut cités sont interdits.

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About the Author: Théogène Ndayisaba

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