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La représentativité des femmes dans les instances de prise de décision reste déficitaire

Un taux moyen de 22 % de représentativité des femmes dans les instances de prise de décision reste faible. Cela ressort d’une étude effectuée dans le cadre du projet «  Futur Juste » mise en œuvre par l’Association des Femmes Rapatriées du Burundi (AFRABU). Ce taux faible résulte d’un certain nombre de manquements liés aux textes réglementaires, à la langue, à l’idéologie patriarcale et aux mentalités.

Dans la tradition burundaise, la femme est un être humain que Dieu crée pour le plaisir de l’homme, pour l’accompagner, lui faire des enfants, lui obéir aveuglement et pour exécuter les travaux  ménagers et champêtres. Jusqu’à maintenant, la femme n’a pas droit à la terre et à l’héritage de ses parents. Elle est exclue dans les institutions traditionnelles. Face à cette situation, le Burundi s’est résolu à améliorer les rapports homme-femme dans l’arène politique. Ainsi, la constitution de 2005 fixe à au moins 30% la représentation féminine à l’Assemblée nationale et au Sénat.

Les résultats des élections de 2010 ont consacré la présence féminine à hauteur de 32% à l’Assemblée Nationale, 46% au Sénat et 32% dans les conseils communaux. Il faut également noter que la femme est présente dans le gouvernement à hauteur de 38%. Depuis lors, le Burundi s’est hissé parmi les 5 meilleurs élèves africains au niveau de la présence de la femme au parlement. Actuellement, il est parmi les 5 premiers avec l’Angola (38%), le Mozambique (39%), l’Afrique du Sud (44%), et le Rwanda (56%). Mais, la représentation de la femme reste faible dans plusieurs secteurs du pays, en particulier à l’armée, dans l’administration publique et les entreprises.

 Encore un chemin à parcourir

Malgré cet avancement, ces efforts ne sont pas encore visibles au niveau de la base. Selon une étude de l’Association des Femmes Rapatriées du Burundi  intitulée « Évaluation sur la participation de la femme aux organes de prise de décision et au processus de paix et de sécurité, édition 2021 »,  la femme occupe seulement 0 % des 3 hautes fonctions du pays dont le président de la République, le premier ministre et le vice-président. Elle occupe également 0 % au niveau des guichets fonciers communaux car sur 240 hommes aucune femme. Au niveau des missions de maintien de la paix dans l’armée, la femme représente 1 % car sur un total de 5038,  seulement 52 femmes participent à ces missions. Toujours dans l’armée, les hauts cadres féminins représentent 2 % car sur un effectif  de 188, 4 seulement sont des femmes.

Selon Zénon Manirakiza, un consultant qui a mené cette étude, les femmes chefs de zone représentent 6% car sur effectif de 400 chefs de zone, 23 sont des femmes. 7% sont alloués aux femmes directeurs des districts sanitaires, femmes directeurs communaux de l’enseignement, femmes directrices des écoles post-fondamentale alors que 8 % revient aux femmes chefs de colline. 9 % revient aux femmes responsables des médias et aux femmes directrices de l’université.

Selon la même étude, les femmes représentent 11 % dans le secteur parapublic et privée, dans  la direction provinciale de la santé  et dans le cabinet du gouverneur. Les femmes assistants des ministres représentent 13 % car, sur un effectif de 15 assistants des ministres, 3 sont des femmes. Les femmes représentent aussi 14% au sein de la direction des partis politique car sur un effectif total de 36 dirigeants des partis politiques, 5 seulement sont des femmes. 17 % revient respectivement aux femmes gouverneures et aux femmes directrices provinciales de l’Environnement, de l’agriculture et de l’élevage car sur un effectif de 18, seulement 3 sont des femmes. 19 % revient aux femmes secrétaires permanents car sur un effectif de 16 secrétaires permanents, trois  sont des femmes.

Selon cette étude, les femmes sont mieux représentées au niveau des comités communaux de lutte contre le Sida (49%), régie communale de l’eau (40%), liste électoral pour député en 2020, administrateurs communaux (36%), mais aussi conseillers des gouverneurs et comités  communaux de développement communautaire (35%).

L’étude note une représentation des femmes au niveau du bureau du sénat, au niveau des ministères et au niveau des membres des conseils communaux  de 33 % tandis que la représentation au niveau des comités mixte de sécurité est de 32 %.  Les taux de représentation des femmes dans le secteur des droits humains, dans les commissions et conseils nationaux, au niveau des cours et tribunaux, au DPEFT, à la direction générale et aux ambassades reviennent respectivement à 25 %, 23 %, 23 %, 23 %, 22 %, 21 % et 20 %.

Pourquoi cette faible représentativité?

Selon Mathias Kinezero, consultant indépendant qui a fait une étude intitulée  «  Identification des lois, textes juridiques sur la participation et l’inclusion des femmes, des jeunes et des groupes marginalisés et/ou marginalises », la faible participation de la femme dans les instances de prise de décision trouve son origine dans les lois et les textes qui ne définissent pas clairement les quotas que  les  femmes doivent avoir dans ces institutions. Il informe néanmoins que les textes nationaux et internationaux reconnaissent la femme et l’homme comme des êtres humains égaux en droits et devoirs, comme le stipule l’article 1er de la déclaration universelle des droits de l’homme : « Tous les êtres humains naissent libres et égaux en dignité et en droits. Ils sont doués de raison et de conscience et doivent agir les uns envers les autres dans un esprit de fraternité ».

M.Kinezero indique que les accords de paix d’Arusha en ses articles 129, 164 et 180 reconnaissent la participation de toutes les composantes de la société.  M.Kinezero trouve que la loi électorale exclut aussi certaines couches sociales car, pour être candidat président, il faut avoir 40 ans et une caution de 30 millions. Ce qui exclut les femmes et les jeunes car, avoir 30 millions n’est une affaire d’un simple citoyen. Aussi, il dit ne pas comprendre pour le code des personnes et des femmes fixe des âges différents en termes de mariages pour les garçons et les filles alors qu’ils sont tous des êtres égaux.

La faible participation de la femme dans les instances de prise de décision n’est pas seulement le résultat des textes légaux qui  bloque ou limite la participation et l’inclusion, il est le résultat aussi de la langue (française) qui n’est pas parlée et convenable par toutes les femmes, les mentalités ou la culture, surtout l’idéologie du patriarcat, la méconnaissance des textes ainsi que les pratiques a l’instar de la gestion des listes bloquées. 

 C’est un énorme paradoxe quand on sait que la femme représente 51,10% de la population, selon les statistiques du dernier recensement général de 2008.

Nécessité d’un cadre juridique plus incitatif 


Pour une représentativité effective des femmes dans les instances de prise de décision, il faut que le gouvernement instaure un système de monitoring du respect de la loi. Il faut aussi qu’il répertorie et traduit tous les textes juridiques et les engagements nationaux et internationaux pris par le Burundi en matière de participation, mais aussi corrige par la révision tous les textes juridiques, les différentes formes de discriminations à l’endroit des femmes comme l’inégalité de l’homme et de la femme inscrite dans le code des personnes et de la famille.

Des recommandations pour inverser la tendance   

Au parlement, M.Kinezero recommande d’adopter, dans le code électoral, la gestion d’une liste bloquée préférentielle. Aux partis politiques, il leur recommande de favoriser l’inclusion des femmes dans les organes dirigeants des partis politiques à tous les échelons. Il leur recommande également d’adopter des dispositions garantissant la représentation et l’inclusion des groupes minoritaires et/ou marginalisés.

Aux organisations de la société civile,M.Kinezero recommande l’harmonisation des interventions ou créer une synergie pour le plaidoyer en faveur de la participation des femmes. Au partenaire technique et financier, il leur recommande de prioriser les financements qui renforcent les capacités des femmes, des jeunes et des groupes marginalisés. Aux ONGs, la recommandation est de contribuer à la mise en place du cadre légal qui favorise la participation des catégories sociales exclues et enfin, aux femmes, il leur recommande de changer de mentalité, de cultiver un esprit d’initiative, d’organiser des activités d’information et de réflexion sur la problématique de participation, mais aussi faire des propositions concrètes au gouvernement et au parlement sur la problématique de la participation des femmes dans les postes de responsabilité électifs et techniques. Il propose également la tenue des états généraux sur la problématique de participation de la femme dans les instances de prise de décision.

Notons que le taux de participation moyen est de 22 %  

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