La zone Gatumba assiégée par des inondations

Les eaux boueuses ont assiégé les parcelles de certains quartiers de la zone Gatumba détruisant ainsi plusieurs infrastructures publiques et privées qui s’y trouvent. Les victimes de ces inondations vivent dans des conditions précaires et appellent au secours. Cependant, les experts environnementalistes et géographes conseillent l’élaboration d’un plan d’urgence et la délocalisation de la population des zones jugées à haut risque vers les zones vivables.

La plateforme nationale de gestion et de prévention des risques de catastrophes accompagnée d’un certain nombre d’organisations internationales non gouvernementales et Agences des Nations unies se sont, le mardi 12 janvier 2021, donné rendez-vous à Gatumba, une entité administrativement située dans la commune Mutimbuzi en province Bujumbura. Cela après que depuis la semaine du 07 janvier 2021, des inondations ont envahi certains endroits de la zone Gatumba, notamment l’école fondamentale Mushasha I et II, l’hôpital Gatumba et d’autres endroits.

 Selon la population de cette localité, c’est la deuxième fois que la zone Gatumba est frappée  d’une telle catastrophe où les personnes sinistrées avaient été déplacées et regroupées dans certains sites dont le site Kigaramango  et SOBEL situé au quartier Maramvya.

La population de la zone Gatumba inquiète

A l’Ecole Fondamentale Mushasha I et II, des eaux stagnent dans la cour de cette école. Certains accès sont bloqués,  notamment les latrines. Certains locaux sont assiégés par l’eau. Pour y accéder, des sacs de sables et de graviers sont rangés  les uns après les autres  pour permettre le passage. Les pierres qui constituent la fondation de cette infrastructure scolaire s’écroulent du jour au jour. Mme Mme Clarisse Baricako, directrice de l’école fondamentale Mushasha I déplore cet état de chose. Elle indique que son école souffre énormément de ces inondations. Elle explique que suite aux inondations de 2020, qui ont fait que cette école soit fermée pendant plus de deux mois, l’école a eu un mauvais rendement quitte à ce qu’elle a été classée dernière de la direction communale de l’enseignement de Mutimbuzi au concours de certification et d’orientation de la 9ème année, édition 2019 -2020.

De plus, ajoute-t-elle, des maladies de mains sales, des maladies corporelles risquent d’attaquer les élèves et les enseignants. Pire encore, poursuit  Mme Baricako, des crocodiles et des hippopotames rodent autour de l’école et dans les ménages «  Nous craignons que ces animaux puissent emporter la vie des éduqués ou des éducateurs », dit-elle d’un air plein de souci avant de faire savoir qu’il y a deux jours, un hippopotame a tué une personne. Raison pour laquelle cette enseignante demande l’aménagement des digues et le curage de la rivière Rusizi afin de limiter, sinon de contrecarrer les dégâts causés  par les inondations de cette rivière.

L’hôpital Gatumba durement touché 

Même situation au niveau de l’Hôpital de Gatumba. Cette infrastructure sanitaire est bloquée par l’eau. L’accès y est tellement difficile. Toutes les entrées sont occupées par les eaux. Le bâtiment est envahi par les eaux. Et les patients et le personnel de cette hôpital peinent à accéder aux enceintes de cette entité sanitaire du district sanitaire Mutimbuzi. La route qui mène à cet hôpital est inondée, telle une rivière. Cependant, sur cet hôpital ce ne sont pas les inondations de n’importe quelle cour d’eau, c’est la nappe phréatique saturée renforcée par les eaux de pluie. Dr Jimmy Pacifique Cimpaye, directeur de cet hôpital fait savoir que l’inondation de cet hôpital ne va pas sans danger. « L’hôpital accueille actuellement 1/3 de la population par rapport à celle qu’elle accueillait avant les inondations ». Et d’ajouter: «  Si rien n’est fait, nous craignons le pire avec les précipitations du mois d’avril et mai ».

Pour Gervais Karikunzira, un habitant de la zone Gatumba, le malheur ne vient jamais seul, ces inondations interviennent au moment où  la population de Gatumba cannait une pauvreté sans nom. La pandémie de coronavirus qui secoue  le monde n’a pas épargné le Burundi contraignant ainsi le pays à fermer ses frontières dont celle de Gatumba-République Démocratique du Congo. Il poursuit : «  ces inondations viennent ajouter le drame au drame d’autant plus que la majeur partie de la population de cette zone Gatumba vit du commerce transfrontalier qui, pour le moment, est soumis aux restrictions sévères ».

« L’aménagement du territoire est déficitaire »

Jean Marie Sabushimike, professeur d’universités et expert environnementaliste

Jean Marie Sabushimike, professeur d’universités et expert environnementaliste rappelle que ces inondations sont répétitives depuis 2016. Pour lui, ces dernières sont dues au changement climatique qui en est un facteur déclenchant mais, il ajoute un facteur aggravant qui est l’aménagement du territoire auquel il ajoute la faiblesse du cadre  institutionnel et légal, l’absence de la culture du risque et la pauvreté qui hante la communauté vivant dans cette localité. Il déplore que les canaux construits à l’époque belge et qui régulaient les inondations de la rivière Rusizi aient été supprimés par les habitations construites au dessus d’eux. « Le mauvais aménagement du territoire vient accabler les choses », fait-il remarquer.

Un plan d’urgence s’impose 

Pour lui, la solution la plus urgente serait de faire déménager les personnes fortement exposées aux inondations car, explique-t-il, ce ne sont pas la destruction des infrastructures publiques et privées seulement, c’est aussi la santé de la population qui est menacée. Et d’inviter les décideurs à oser prendre cette mesure s’il faut protéger la population. D’après lui, le curage de la rivière Rusizi risquerait d’aggraver la situation si on le fait comme on l’a fait ailleurs. L’urgence serait de remettre en l’état les anciens canaux de régulation des eaux de la Rusizi. Selon lui, le gouvernement devrait penser à un plan d’urgence qui serait un outil efficace pour la prévention et la gestion des catastrophes en cas de crise. Cette dernière éviterait les improvisions et la panique chaque fois qu’il y ait des cas de catastrophes pareils.

Des actions urgentes à mener

CP Anicet Nibaruta, secrétaire exécutif de la Plateforme Nationale de Gestion des catastrophes

Face à cette situation, des actions urgentes ont été identifiées dans une réunion conjointe entre la plateforme nationale de prévention  et de gestion des risques de catastrophes et l’administration de  la province de Bujumbura. Parmi les actions urgentes à mener figurent la pulvérisation des lieux comme l’indique Commissaire de Police Anicet Nibaruta, secrétaire exécutif de la Plateforme Nationale de Gestion des catastrophes. Il explique que puisque ces inondations ont provoqué  le débordement des toilettes, il s’avère urgent de pulvériser l’endroit afin de barrer la route à la contamination de la population quelle qu’elle soit. De plus, ajoute CP Nibaruta, nous pensons délocaliser le site temporaire de Kigaramango vers la zone Maramvya SOBEL. « Aussi, à travers le ministère des relations extérieures et de la coopération au développement, nous comptons rencontrer les autorités congolaises afin de discuter la réouverture de la Rusizi I, qui jadis servait d’irrigation des palmiers à l’huile se trouvant à Kiriba Hondes, qui pour le moment est fermé et dont les eaux retournent au Burundi ». Pour le curage de la rivière Rusizi II et l’ménagement des digues sur cette dernière, CP Nibaruta indique que ce sont des actions qui demandent des moyens énormes et dont sa mise en œuvre nécessite une étude approfondie. 

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About the Author: Mathias Ntibarikure

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