Le ministre de la santé et les syndicats SYNAPA et SNTS à couteaux tirés

En vue de dénoncer ce qu’ils qualifient de mauvaise gouvernance au sein du ministère de la santé publique, les syndicats du secteur de la santé SYNAPA ET SNTS ont adressé une correspondance à la primature. Ce dimanche 21 mars 2021, les deux syndicats ont organisé une conférence de presse pour éclairer l’opinion nationale et internationale sur le contenu de cette correspondance. Face aux allégations, le ministre s’est expliqué dans une correspondance adressée à la primature signée le 24 février 2021. Le nœud du conflit dans les lignes qui suivent

Les points de discorde entre le ministre de la santé publique et de la lutte contre le sida, Dr Thaddée Ndikumana et les syndicats SYNAPA et SNTS sont, comme l’indique dans la correspondance adressée à la primature, l’absence du dialogue social, la mauvaise gestion des ressources humaines, la mauvaise gestion des biens publics, la violation du principe d’égalité, l’absence de concertation par rapport aux documents de politique du ministère ainsi que la volonté délibérée de vouloir détourner le pouvoir de nomination des membres de la direction du CNPK.

Par rapport à l’absence du dialogue social, Melance Hakizimana du syndicat Synapa et Marie Bukuru du syndicat SNTS indiquent que le ministère a fermé à triple clé les portes de son cabinet, il y a plus de deux ans. Les deux syndicats du secteur de la santé indiquent qu’ils ont adressé à M. le ministre de la santé des lettres de demande d’audience dont les réactions sont jusqu’à présent absentes. Ces syndicats disent ne pas comprendre comment le ministre trouve défavorable à tout dialogue alors qu’avant qu’il soit nommé Ministre, il était membre du comité de dialogue social en même temps secrétaire de ce dernier quand il était porte-parole du ministre. Les syndicalistes font remarquer que la suspension du dialogue social trouve naissance dans leur dénonciation par rapport à la sécurité du personnel matérialisé par des mutations abusives à l’endroit des responsables syndicaux œuvrant dans les rayons des structures représentées. En plus, ces syndicats dénoncent des cas de malversations ou de mauvaise gouvernance. « Les responsables syndicaux n’ont pas le droit d’accès au cabinet du ministre pour présenter les desiderata de son personnel », déplorent les syndicalistes. Ils ajoutent que pour renforcer sa position, le ministre à tenter de démanteler les syndicats SYNAPA et SNTS en intimant l’ordre à tous les administratifs sanitaires à recruter les travailleurs sous leurs responsabilités dans le syndicat SYNAPS, créé pour contrer les actions du SYNAPA et du SNTS en vue de mettre en cause le dialogue.

La gestion des ressources humaines mise en cause par les syndicats

Entre autres allégations reprochées au ministre de la santé  figure ce que les syndicalistes appellent «  scandale dans la gestion des ressource humaines ». Ils rappellent que depuis 2011, le ministère de la santé a connu deux mouvements de redéploiement dont certains employés ont été redéployés en dehors des provinces où ils prestaient et d’autres qui ont été redéployés des villes vers les milieux périphériques. Lors du premier redéploiement, on s’était convenu que personne ne pourrait plus être affectée dans les structures ayant connu des redéploiements avant que le personnel redéployé ne soit réhabilité. Mais au contraire, regrettent les syndicalistes, depuis son accession à la tête du ministère, les mutations s’opèrent au grand jour en faveur de ses pro alors que pour d’autres, les mutations s’opèrent abusivement vers des endroits reculés en signe de représailles. De plus, ajoutent les syndicalistes, s’agissant des recrutements, le ministre s’est attribué le travail qui est confié à la commission national de recrutement en recrutant le personnel alors que ce travail ne figure pas dans ses prérogatives. Et, disent-ils, ces recrutements sont effectués sans tenir compte des demandes de réintégration de certains travailleurs, notamment ceux qui désirent la levée de mise en disponibilité, ceux qui ont été acquittés par la justice et ceux dont la loi leur garantit le droit d’être réhabilités.

Gestion des biens publics

Par rapport à la gestion des biens publics, les syndicalistes dénoncent la tentative de privatisation de toutes les morgues publiques à travers la convention qu’il a signée avec l’AGEMOF-Burundi qui, d’après eux, ont entrainé des conséquences fâcheuses ces derniers jours dont le manque des chambres froides qui ont abouti à l’emprisonnement de certains commissionnaires de ces chambres froides. Ils se félicitent néanmoins qu’après avoir adressé la correspondance au premier ministre, le ministre aurait résilié unilatéralement le contrat qui le liait avec l’AGEMOF-Burundi. Dans ce même secteur, les syndicalistes s’insurgent en faux contre la gestion des fonds covid-19. Ils soulignent que c’est fort déplorable qu’un directeur Général au ministère de la santé adresse une lettre à un chef de service pour lui demander des informations en rapport avec la gestion du carburant et des véhicules utilisés dans la riposte contre la Covid-19. « Encore plus, nous nous réjouissons que suite à la correspondance adressée à la primature, les arriérées des primes des membres des équipes d’intervention rapide contre la Covid-19 ont été débloquées.», se félicitent les syndicalistes.

Quant à la violation du principe d’égalité devant le service public, les syndicats dénoncent l’ouverture des pharmacies qui se font sans passer par les services qui s’en occupent au quotidien. C’est au moment où dans une note au public, le cabinet du ministre avait signifiait que  les ouvertures des pharmacies sont suspendues. Et dénoncent-ils, ces pharmacies sont ouvertes sans inspection préalable.

Les syndicats Synapa et SNTS dénoncent aussi la volonté manifeste du ministre de la santé de détourner le pouvoir de nomination des membres de la direction du Centre National Psychiatrique de Kamenge ( CNPK) par l’archevêque de Bujumbura en l’attribuant au Président de la République alors que le CNPK est une ASBL régie par ses propres statuts et règlements d’ordre intérieur.

Le ministre s’explique

Ministre de la santé publique et de la lutte contre le sida, Dr Thaddée Ndikumana

En réaction à la correspondance adressée au premier ministre par les responsables des syndicats Synapa et SNTS, le ministre de la santé public s’explique, à travers une correspondance adresse au Premier ministre en date du 24 février 2021 dont l’objet est : « Réactions face aux allégations mensongères et calomnieuses des présidents des syndicats SYNAPA et SNTS »

Dans sa correspondance, le ministre Thaddée Ndikumana indique que la correspondance des présidents des deux syndicats contient des allégations non fondées. Dans l’objet de cette correspondance, le ministre écrit:  « L’objet de la présente est d’apporter des clarifications par rapport aux faits graves nous reprocher non pas dans le souci ” d’accompagner le gouvernement dans la réalisation de son programme » mais dans l’intention cachée de servir les intérêts de leurs parrains qui ne veulent pas se révéler au grand jour. De prime abord, explique-t-il, cet écrit des présidents des deux syndicats vous est adressé dans la fraicheur de l’annonce du positionnement des fonctionnaires en exécution des nouvelles orientations du gouvernement « ordre de bataille » en générale et de la nouvelle structuration du ministère de la Santé et de la lutte contre le Sida en particulier.

S’expliquant sur l’allégation concernant l’absence du dialogue social, le ministre indique que le cadre de dialogue social existe bel et bien au niveau du ministère. Il informe d’ailleurs que ce cadre est étendu jusque même au niveau provincial avant de lancer qu’un des signataires de la correspondance assure la vice-présidence de ce comité au niveau du ministère de la santé.

Concernant la question relative à ce que les syndicalistes qualifient de « scandale dans la gestion des ressources humaines », le ministre explique que les signataires font de l’amalgame et se complaisent dans la globalisation au lieu de baser leurs arguments sur des faits probants. Il précise que le cas récent de recrutement au ministère de la Santé a été effectué par la Commission Nationale de Recrutement et concernait 116 médecins et 113 infirmiers A3 qui sont affectés dans les centres de santé qui deviendront des hôpitaux communaux. Il assume cependant, la position du ministère par rapport à la gestion, l’affectation et le recrutement du personnel. «  Nous ne transigerons pas aux missions régaliennes des représentants de l’État en cette matière. C’est donc ce refus aux deux syndicats de s’ingérer dans la gestion du personnel qui les fâche. Un autre fait inédit est que les deux syndicats veulent que des membres affiliés à leurs syndicats soient traités de façon exceptionnelle et à leurs convenances », affirme Dr Ndikumana. Il poursuit en indiquant que ces syndicats s’insurgent en faux contre toute décision du ministère prise à l’endroit des syndicalistes délinquants. Et le ministre de lâcher :«  Notre position est sans équivoque : Les syndicalistes sont avant tout des personnels régis par le statut des fonctionnaires et le code du travail. Le syndicalisme ne leur confère donc pas un  traitement de faveur par rapport à la rigueur de la loi », réaffirme le ministre.

L’AGEMOF-Burundi pour répondre au problème d’hygiène

S’agissant de ce que les syndicalistes appellent « scandale dans la gestion des biens publics », le ministre affirme que le ministère avait signé une convention de partenariat avec l’agence AGEMOF-Burundi pour répondre aux problèmes récurrents liés à l’insuffisance et aux mauvaises conditions d’hygiène au niveau des structures de soins. Il explique que cette agence était tenue de négocier les contrats avec les structures hospitalières. Le ministre souligne qu’après avoir constaté que, dans certaines structures, il y avait une certaine confusion des services rendus, la convention de partenariat été résiliée unilatéralement le 01 avril 2020. Ce qui, d’après lui, prouve à suffisance que les arguments avancées par les syndicats sont mensongers et grossiers.

Par rapport à la gestion opaque des fonds covid-19 dont parlent les syndicats, le ministre balaie du revers de la main l’accusation. Il précise que les fonds pour la réponse au covid-19 sont centralisés et gérés au niveau du ministère des finances. Quant à la gestion du carburant et d’autres intrants mis à disposition des équipes d’intervention rapide au Covid-19, le ministre informe que ces fonds sont justifiés au franc auprès des partenaires qui appuient pour faire face à la pandémie.

Pour l’allégation concernant la violation du principe d’égalité des citoyens devant le service public, évoquant un circuit fermé pour les uns et ouvert pour les autres quant à l’autorisation d’ouverture des pharmacies, le ministre indique qu’il est important de signaler que les dossiers qui étaient déjà en cours de traitement dans les services techniques au moment de la prise de la mesure de sursoir momentanément l’ouverture des pharmacies sont ceux qui sont traités pour ne pas pénaliser les promoteurs qui avaient déjà débloqué des fonds importants en terme de loyer et qui avaient déjà payés les frais de dossier sur le compte du trésor public. Il informe que les dossiers actuellement sont ceux qui sont incomplets.

Concernant la question relative à la nomination d’un cadre par décret présidentiel à la tête du CNPK, le ministre n’y apporte aucun commentaire. Il signale que les motifs avancés par les syndicats n’ont d’autres visés que nuire l’image du ministre. Le cas du statut du CNPK a fait objet d’une recommandation au niveau de la retraite gouvernementale tenue à Gitega et date du 22 et 23 décembre 2020

Face à toutes ces allégations et réagissant sur les correspondances qui lui sont adressées, le premier ministre demande aux parties en conflit de saisir le Comité National de Dialogue Social (CNDS). Aux syndicats, il leur demande de lui fournir toutes les preuves nécessaires et tangibles en rapport avec toutes les allégations qui lui sont fournies.

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About the Author: Mathias Ntibarikure

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