Les pouvoirs publics appelés à promouvoir le commerce transfrontalier

L’insuffisance des infrastructures, l’existence des conflits,  les barrières non tarifaires sont certains des défis auquel le commerce transfrontalier fait face. C’est ce  qui ressort d’une étude : «  Les contraintes du commerce transfrontalier au Burundi », faite par professeur Léonidas Ndayizeye, une étude qui a été commanditée par le Centre de Développement des Entreprises dans la région des Grands Lacs (CDE- Great Lakes). Ainsi, pour pallier à ces défis, les pouvoirs publics sont invités  à réduire  voire supprimer les droits de douane afin de promouvoir la liberté économique qui est  un moteur de développement

Selon  cette étude, les femmes en particulier jouent un rôle important dans ce commerce, car elles constituent la majorité des commerçants et que ce commerce est leur principal moyen de subsistance. Cependant, les femmes commerçantes sont confrontées à des difficultés spécifiques : le petit capital de départ, le commerce des biens qui génère le moins de profits, le harcèlement à la frontière ainsi qu’une perception négative de leurs activités de la part de leur entourage. De  plus, les femmes commerçantes font face au manque de connaissances de leurs droits et responsabilités. Ce qui constitue un problème majeur. Les commerçant(e)s ne connaissent généralement pas la nomenclature, les différents traités et réglementations nationales ou régionales ainsi que les rôles et responsabilités précis des différentes agences frontalières.

Une taxation traumatisante

Les commerçantes rencontrées au poste frontalier de Gatumba indiquent que le niveau élevé de taxation par l’OBR a forcé un grand nombre de commerçantes à quitter ce secteur. Elles affirment qu’elles ont développé un sentiment négatif envers l’OBR. Et d’ajouter : « l’OBR nous a traumatisées ». Ces commerçant(e)s affirment qu’une application stricte des  taux est impossible : « Si vous rencontrez un taxateur méchant, c’est la mort. Nous souffrons plus à la frontière burundaise que sur d’autres frontières ».  Pour cette raison, expliquent-elles, un nombre non négligeable de commerçantes utilisent des routes de contrebande.

Les commerçantes trouvent la Police de l’Air  et des Frontières (PAFE) un autre défis de taille. D’après elles,  la  PAFE érige des barrières. Certaines commerçantes  se plaignent que ces barrières sont une source majeure de taxes informelles. Elles citent  des reçus qui  ne sont pas donnés, aucune information sur la raison d’être de ces taxes qui  ne sont connues et les sommes doivent être payées de façon répétée. En plus de toutes ces taxes, ces femmes  doivent payer les taxes communales. Ces dernières  sont collectées sur les marchés et sur les routes selon des règles tarifaires, mais un degré de taxation informelle existe. Ces femmes se lamentent que des fois, elles sont spoliées de leurs biens à la place des taxes.

En vue d’interpeler les pouvoir publics à pallier à tous ces défis et à promouvoir la liberté économique, le CDE- Great Lakes a organisé différentes campagnes allant dans le sens de rendre plus libre le commerce au Burundi. C’est ainsi que ce mardi, 30 juin 2020, il a organisé une table ronde en vue d’analyser les contraintes du commerce transfrontalier au Burundi. A travers les exposés  et les échanges, il a été constaté que le commerce transfrontalier connait encore des défis qu’il faut relever. D’après Léonidas Ndayizeye, professeur à l’Université du Burundi dans la Faculté des Sciences Economiques et de Gestion, les objectifs  de la table ronde étant d’inviter les pouvoirs publics à reconnaître le rôle du commerce transfrontalier comme un des piliers du développement mais aussi  à prendre des mesures  allant dans le sens de faciliter et de  promouvoir le CTF. Pour lui, ce commerce joue un rôle fondamental dans la réduction de la pauvreté et dans  l’amélioration  de la sécurité alimentaire dans toute l’Afrique et dans la région des Grands Lacs malgré qu’il soit pratiqué  de façon  informelle.

M.Ndayizeye note que ce commerce contribue notamment à l’accessibilité et à la disponibilité de la nourriture pour une frange non négligeable de la population située aux frontières et contribue au revenu national. « Il est dès lors important de le soutenir par des mesures appropriées pour exploiter tout son potentiel en matière de développement », fait-il remarquer. Il ajoute qu’il occupe une place importante dans les transactions. « Au Burundi par exemple, les estimations de l’ISTEEBU et de la BRB montrent qu’en 2018, les échanges transfrontaliers informels s’évaluaient à 92 815,9 millions de Francs burundais, les exportations représentant 27 577,3 MBIF et les importations 65 238,6 MBIF ». Pr Ndayizeye ajoute que ces femmes permettent ainsi de satisfaire certains besoins tels que l’alimentation, la scolarisation des enfants, l’habillement, le logement, etc.

Des réformes pertinentes

Parmi les réformes à entreprendre, Pr Ndayizeye propose une réduction du nombre d’agences présentes sur les frontières, préciser clairement le genre de paiement et le lieu  qui, d’après lui doit être unique. De plus, ajoute-t-il, des mesures allant dans le sens d’une amélioration des infrastructures aux postes-frontières doivent être prises, il prône également une professionnalisation accrue des agents et une plus forte sensibilisation aux problématiques de genre qui doit être matérialisée par une  hausse du nombre de femmes au sein de l’administration. Il renchérit que la coopération et la coordination transfrontalière doivent être renforcées sans oublier le renforcement des capacités et  le soutien des commerçants à travers leurs  associations.

Pr Ndayizeye rappelle que le commerce transfrontalier participe à la lutte contre la pauvreté des ménages. Dans sa grande majorité, ce commerce n’est pas illégal. Toute intervention ayant pour résultat de libéraliser les mouvements transfrontières de biens et de personnes engendrera d’énormes retombées économiques. Il s’agirait notamment de faciliter l’accès au financement, spécialement pour les femmes en associations, à travers la réduction des taux d’intérêt bancaire. Et, les pouvoirs publics pourraient aussi envisager la mise en place d’un fonds de garantie et de promotion des échanges transfrontaliers (FGPET). Ils pourraient aussi réduire ou tout simplement supprimer les droits de douane pour les produits en provenance des pays voisins relevant du commerce transfrontalier informel parce qu’il est souvent de petite taille.

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About the Author: Mathias Ntibarikure

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