Quand l’injustice contraint à la défense des droits de l’enfant

Advertisement

Jacques Nshimirimana est un fervent défenseur des droits de l’enfant depuis plus de 15 ans. Dans une interview qu’il a accordée au journal Ejoheza News, il parle de ce qui lui a motivé à défendre les droits de l’enfant

Advertisement

Ejoheza News (EN): Qui est Jacques Nshimirimana?

Jacques Nshimirimana (JN) : Défenseur des droits de l’homme, avec plus de 15 ans d’expérience aux niveaux national et régional, Me Jacques Nshimirimana est un Avocat-Conseil spécialisé en droits des personnes et de la famille. Fervent défenseur des droits de l’enfant, il est détenteur d’un Master Professionnel en “Leadership Development” (2012-2014) obtenu à Global University for Lifelong Learning, California aux États-Unis d’Amérique. Un Pré-Master en Droit des Affaires (2017-2019) et d’une Licence en droit (2010-2013). Il dispose de compétences diverses dans les domaines des droits de l’homme, de l’organisation, de l’administration, de la gestion publique et est membre fondateur de plusieurs organisations de défense des droits de l’homme dont l’AJOS, la SOJPAE, la Fédération Nationale des Association Engagées dans le Domaine de l’Enfance au Burundi (FENADEB). Il est aussi membre fondateur de  la plateforme des intervenants en appui psychosocial PPSM. Me Jacques NSHIMIRIMANA est né à Musaga en mairie de Bujumbura. Ses parents sont originaires de la province Gitega. Il est marié et père de 4 enfants. Il est chrétien pratiquant au sein de l’Église Anglicane depuis 1991.

Me Jacques NSHIMIRIMANA avec les enfants

EN : Qu’est-ce qui vous a motivé à lutter pour les droits de l’enfant ?

JN : Ma première motivation provient de ma mère. Elle m’encourageait toujours à prendre des responsabilités et à me sacrifier pour les autres. Ma deuxième motivation émane des enseignements bibliques que j’ai reçus depuis mon enfance et auxquels je reste toujours fidèle. Ma 3ème motivation provient de la situation d’injustice que j’ai vécue quand j’avais 15 ans. Un jour, je me suis adressé au locataire d’une de nos maisons pour lui demander le loyer afin que je puisse payer le minerval sans lequel je ne pouvais pas passer l’examen de mathématique qui était prévu le lendemain. A ma grande surprise, au lieu de me payer ce loyer, le locataire a appelé un policier à qui il glissa un billet de 2000 FBu, une forme de corruption. Ce dernier  m’a arrêté et m’a conduit au cahot. J’y ai passé deux semaines. Ce qui m’a contraint à rater cet examen. Ça a été un grand choc pour moi. Et, auparavant, je croyais que les lieux de détention sont faits pour les hommes. C’est sur ordre du maire de la ville de l’époque que j’ai été relâché. Après, il a ordonné l’arrestation du locataire et du policier qui m’avaient emprisonné injustement. Ainsi, je me suis senti réconforté, soulagé  et valorisé. C’est à partir de ce jour que je me suis engagé à  défendre les droits de l’enfant et à combattre l’injustice que je  déteste farouchement. Néanmoins, défendre les droits de l’enfant ou combattre l’injustice n’est pas chose facile. Je sais que je ne suis pas le meilleur défenseur des droits de l’homme et surtout ceux liés à  l’enfance  et je ne prétends pas même l’être, mais c’est ma passion.

EN : Comment avez-vous vécu votre vie d’enfance étant orphelin

JN : Bien que mon enfance fût  plus ou moins aisée, ma jeunesse ne l’a pas été du tout. J’ai perdu mon père quand j’avais 10 ans. Il a été emporté par la crise des années 1993-1994. Son départ a laissé un fossé profond dans la famille. N’eut été notre maman extraordinaire et combattante qui nous a soutenu et qui nous a maintenu sur le banc de l’école, notre vie allait tourner autrement. J’encourage  d’ailleurs les veuves et les orphelins qui traversent des moments difficiles, des situations d’injustice, des moments de solitude en leur rappelant qu’ils ont un Dieu miséricordieux qui s’est lui-même déclaré mari des veuves et père des orphelins qu’ils ne manqueront rien. Je les encourage à  garder l’espoir car, peu importe la longueur de la nuit, le soleil finit par se lever. Et, après la pluie, il y a toujours le beau temps.

EN : Vous vous lancez dans la lutte pour les droits de l’enfant. Est-ce que cela  vous a été facile ou difficile ?

M’engager dans la lutte pour les droits de l’enfant était un combat qui n’était pas du tout facile mais qui était possible. Aucune lutte n’est jamais facile. Parfois, je me décourageais quand j’estimais ma force, mes connexions, mes connaissances et mes compétences par rapport au combat que j’allais mener. Mais, plus tard, j’ai compris que le grand ennemi de tous les leaders est la peur, remettre demain ce qui tu pouvais faire maintenant. C’est une maladie que j’ai remarquée chez beaucoup de leaders que j’estimais avoir des  idées fortes, des rêves et des visions mais dont les actes ne suivaient pas l’allure de  leurs prises de paroles.

L’autre défi que j’ai rencontré durant les premières années de mon engagement était la maitrise émotionnelle qui constitue un défi commun chez beaucoup de leader. Je suis persuadé qu’avant de prétendre gagner les batailles extérieures, il faut gagner d’abord les batailles intérieures, donc savoir se contenir pour conserver sa crédibilité en tant que leader. Pour y parvenir, j’ai opté pour la compassion et l’empathie et ça a marché. Normalement, lorsque nous apprécions, encourageons, remercions, valorisons, sommes compatissants et donnons de la considération aux autres, nous nous sentons bien à l’intérieur de nous-mêmes. Par contre, lorsque nous accusons, critiquons, dévalorisons, punissons, bafouons les autres, nous nous sentons toujours mal dans notre fort intérieur.

Dans la seconde partie de l’interview, Me Jacques Nshirimana nous parlera des avancées, des défis mais aussi des pistes de solutions pour que les droits de l’enfant deviennent une réalité au Burundi.

Recommended For You

About the Author: Mathias Ntibarikure

Leave a Reply

Your email address will not be published. Required fields are marked *

Covid-19

Mwirinde Corona

Actualités à la une