Rivière Ntahangwa: Le pari n’est pas encore gagné !

Malgré les efforts qui ont été déployés par le gouvernement et ses partenaires, l’éboulement de la rivière Ntahangwa menace toujours les infrastructures construites le long de cette dernière. Il s’agit de l’école fondamentale Mutanga sud et certaines habitations du quartier Mugoboka II. La population demande au gouvernement d’intervenir avant que le pire n’éclate

La rivière Ntahangwa est l’une des rivières qui traversent la ville de Bujumbura. Elle prend sa source dans les hautes montagnes de Mirwa. D’après les dires des ancêtres, avant que la ville de Bujumbura ne soit densément peuplée ainsi que les hautes montagnes des Mirwa, la rivière Ntahangwa était un ruisseau. Cependant, au fur des années, le lit de cette dernière s’est épaissi. Et d’après les experts environnementalistes, l’épaississement du lit de cette rivière est le résultat de l’action de l’homme.   Le défrichement des bassins versants et les constructions modernes le long du passage de cette rivière constituent un défi majeur qui cause des dégâts humains et matériels lorsque les précipitations deviennent abondantes, en témoignent les constructions et les personnes qui, à certains moments et à certains endroits,  ont été emportés par cette rivière.  Pour pallier à ce défi, le gouvernement appuyé par ses partenaires a, depuis un certain temps, initié  des travaux de stabilisation des berges de cette rivière. Cela, après que certaines infrastructures étaient menacées d’effondrement. C’est notamment le cas de l’école primaire du jardin public (EPJP), les habitations érigées le long de l’avenue Mukarakara dans le quartier Kigobe Sud et l’avenue Sanzu passant dans  le quartier Mugoboka.

Les propriétaires des infrastructures qui étaient menacées remercient le gouvernement pour avoir intervenu afin de sauver ces infrastructures. Joseph Ngoti est un septuagénaire. Il habite sur  l’avenue Mukarakara. Dans sa belle maison qui était menacée d’effondrement, il indique aux reporters du journal Ejoheza News que sa maison allait tombée. « J’avais même cessé les travaux de construction car je croyais que la maison allait tombée. J’ai recommencée à construire après les travaux de stabilisation et de remblaiement de la rivière. En mon nom propre et au nom de tous les propriétaires des maisons qui étaient menacées, nous remercions vivement le gouvernement. Et, nous lui demandons de faire de la sorte dans d’autres endroits menacés en  commençant par l’amont».

Certains endroits méritent une intervention rapide

Ecole fondamentale de Mutanga Sud

Même si à certains endroits, les berges de la Ntahangwa sont stabilisées, il y a d’autres endroits qui restent menacés. Il s’agit de l’école fondamentale Mutanga Sud et du quartier Mugoboka II. D’après le constat sur terrain et les propos du Directeur de cette école, cette infrastructure scolaire risque de tomber dans le ravin de la rivière si rien n’est fait dans l’immédiat. Une des salles de classes se trouve à presque 8 cm du ravin, les nouvelles toilettes sont à 20 m du ravin. Et ces dernières ont été construites après que les anciennes aient été emportées par la rivière. L’école en soi se trouve à 30 m seulement du ravin. Et, d’après Gilbert Banyisheguza, directeur de cette école, cette situation alarmante ne facilite pas les choses. «  Les élèves ne jouent plus. Pendant la récréation, deux enseignants doivent être déployés (dans le sud et le nord de l’école) pour surveiller qu’aucun enfant n’approche le ravin. Cependant, c’est très difficile car les enfants sont comme des chèvres. Un jour un enfant est tombé dans le ravin mais, par la grâce de Dieu, il en est sorti indemne ». Il regrette néanmoins que le gouvernement n’a pas pensé à ces 700 élèves qui fréquentent cette école en stabilisant les berges de la rivière ailleurs tout en oubliant cette infrastructure d’intérêt public. Il reconnait néanmoins que le gouvernement ait beaucoup de chose à faire, mais il lui demande d’intervenir le plus rapidement possible avant que le pire n’arrive.

L’autre endroit menacé est le quartier Mugoboka II. De peur d’être emportés  par l’éboulement de la rivière Ntahangwa, certains habitants de cette localité ont déjà pris le large. D’autres y sont restés arguant qu’ils n’ont pas où aller. A voir où  leurs cabanes sont érigées par rapport à la rivière, ils se sont donnés à  Dieu. Ils sont à 0 cm de la rivière. Une partie de leurs cabanes est déjà dans l’eau. Et l’autre partie reste perchée. Sur ce, Pierre Nimbona, chef de quartier Mugoboka et Fulgence Nshimirimana, chef de cellule Mugoboka II lancent un cri d’alarme. Ils font remarquer  que si rien n’est fait, ce quartier risque de se réveiller dans la désolation. Ils expliquent qu’ils ont alerté l’administration pour faire déménager cette population qui est sur le point d’être emportée  par la rivière mais en vain. Ils demandent au gouvernement de trouver un autre endroit où mettre cette population sinon stabiliser les berges de la rivière de l’amont en aval.

Le malheur des uns fait le bonheur des autres

Des femmes qui préparent des pépinières près de la rivière Ntahangwa

Suite à cet éboulement de la rivière Ntahangwa, des activités génératrices de revenus se sont développées dans le lit de cette rivière ou à proximité de cette dernière. Des associations pour la protection de l’environnement ont vu  le jour. C’est le cas de l’association Dukingire ibidukikije qui multiplie des arbres dans des pépinières. En plus d’utiliser ces arbres pour freiner l’éboulement de cette rivière, elles vendent aussi ces derniers à des fins pécuniaires. Des pépinières de bambous, de greveria et d’autres types d’arbres sont préparés  dans des pépinières. D’après les pépiniéristes  rencontrés sur terrain, lorsqu’un particulier demande un plant d’arbre, le coût varie entre 2000 et 3000 FBu.  Comme elles l’indiquent, avec  de l’argent qu’elles tirent de la préparation et de la vente des jeunes plants, ces pépiniéristes parviennent à subvenir à leurs besoins élémentaires.

Cependant, les berges sont fragilisées

Une agriculture s’est développée dans le lit de la rivière Ntahangwa

Même si le gouvernement et les associations se donnent corps et âme pour stabiliser les berges de la rivière, certaines activités fragilisent ces berges. Il s’agit de l’exploitation anarchique des matériaux de construction dans cette rivière. Avec des marteaux masses, des sacs, des pioches et des pelles, les mineurs extraient de cette rivière du sable, des moellons et des graviers sans aucune norme. Des camions viennent au moment où d’autres partent à la  longueur de la journée pour transporter ces matériaux.

A côté  de l’exploitation anarchique de la rivière Ntahangwa, il y a aussi une agriculture qui s’est développée  dans le lit de cette dernière à laquelle on ajoute l’élevage des abeilles et des poissons.

Ir Deo Guide Rurema, Ministre de l’Environnement

Face aux inquiétudes de la population des endroits menacées par l’éboulement de la rivière, le ministre de l’Environnement, de l’Agriculture et de l’Élevage tranquillise. Lors de la présentation de la saison culturale B 2021, le ministre Deo Guide Rurema a indiqué que le gouvernement cherche des moyens pour stabiliser les endroits restants. Il informe d’ailleurs que toute la rivière sera stabilisée au fur et à mesure que les moyens le permettent.

Notons que la rivière Ntahangwa est l’une de plus de 5 rivières qui traversent la ville de Bujumbura.

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About the Author: Mathias Ntibarikure

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