Serviettes hygiéniques, un casse-tête pour les femmes burundaises

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Chaque année, le monde célèbre la Journée Mondiale dédiée à l’Hygiène Menstruelle. Au Burundi, cette journée arrive au moment où les filles et les femmes burundaises rencontrent pas mal de défis en matière de l’hygiène menstruelle. Djida Marlene Kaneza, coordinatrice du projet « Agateka » au sein de l’organisation Sacodé, dans une interview qu’elle a accordée au Journal Ejoheza News, demande au gouvernement et à d’autres partenaires d’aider afin que les femmes et les filles burundaises accèdent facilement aux produits pouvant leur  assurer une hygiène menstruelle. En bas l’intégralité de de l’interview

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Ejoheza News (EN) : Au Burundi, peut-on parler réellement de l’hygiène menstruelle ?

Djida Marlene Kaneza (MK) : Pour notre contexte burundais, il y a un besoin de faire l’hygiène menstruelle mais les défis sont multiples. D’abord, il y a des défis liés au manque d’informations claires et vraies sur la menstruation parce que, avec les écoles avec lesquelles nous travaillons, nous nous sommes rendus compte que les élèves, mêmes ceux qui sont au post fondamental sont moins ou mal informées par rapport aux menstruations. Elles possèdent peu d’informations sur ce que sont les règles? C’est quoi le phénomène et d’où viennent-elles? Ce défi est relié au mythe. Le deuxième défi concerne le manque de moyens financiers pour pouvoir se procurer les serviettes hygiéniques afin de gérer la menstruation en toute dignité.

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EN : Au regard des moyens financiers de la population burundaise, chaque femme ou fille, peut-elle se procurer une serviette hygiénique ?

DMK : Toutes les femmes et les filles burundaises ne peuvent pas se procurer de quoi se servir pour gérer dignement leur menstruation parce que les  serviettes hygiéniques qu’on trouve sur le marché  coûtent chères. Les serviettes jetables coûtent 2000 FBu. Et avoir cette somme par mois et par tête est une chose difficile pour certaines femmes et filles au regard des moyens financiers dont elles disposent. Mais, il ne s’agit pas seulement d’avoir les serviettes hygiéniques, il faut aussi avoir des accessoires dont des sous-vêtements. Et autant, elles n’ont pas les moyens de s’acheter les sous-vêtements, autant on n’a pas les moyens des s’acheter les serviettes hygiéniques.

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EN : Quand l’hygiène menstruelle n’est pas bien assurée, quelles sont les conséquences à court et à long terme?

DMK : Elles sont catégorisées en trois parties. Pour les filles qui sont en milieu scolaire, le manque de matériel adéquat pour gérer leur menstruation fait que les jeunes filles s’absentent à l’école en moyenne quatre à cinq jours par mois. Ce qui fait que le rendement scolaire devient faible. Aussi, il y a un sentiment de dégoût par rapport à ce rendement scolaire faible qui contraint les jeunes filles à abandonner l’école. Physiquement, les jeunes filles et les femmes peuvent attraper des infections urinaires, vaginales allant même aux infections génitales. De plus, les jeunes filles peuvent être affectées psychologiquement. Des fois, elles se sentent stigmatisées et humiliées. Quand les jeunes filles et les femmes ne parviennent pas à gérer leur hygiène menstruelle, elles dégagent de mauvaises odeurs qui contraignent les filles et les femmes à s’isoler ou à être isolées  par ses camarades ou ses amis.

EN : Les toilettes de certaines écoles sont impropres. Cependant, c’est dans ces derniers où les filles-élèves se changent. Sont-elles appropriées ? Qu’est ce qui devrait être fait ?

DMK : La première des choses, c’est de se rendre compte de l’importance d’un niveau d’hygiène menstruel adéquat. Je pense que ce n’est pas seulement pour les écoles, c’est quelque chose qui se manifeste dans la vie courante. Si par exemple, vous allez dans un cabaret, la situation hygiénique  est complètement alarmante. C’est une prise de conscience que nous devons avoir nous tous burundais et burundaises.  Si ces filles sont à l’école et que les toilettes ne sont pas en bon état, elles ne pourront pas avoir un lieu où se changer. A part les toilettes adéquates qui leur permettent de gérer leurs hygiènes menstruelles, elles doivent être de l’intérieur en vue de garder leur intimité. De plus, il doit y avoir d’eau potable aux écoles surtout en milieu rural. S’il n’y en a pas, il  devient difficile de gérer les règles.

EN : Quelles sont les sortes de serviettes hygiéniques peut-on rencontrer sur le marché Burundais ?

DMK : Actuellement, deux sortes de serviettes hygiéniques peuvent être trouvées sur le marché burundais. Il y a les serviettes jetables. Celles qu’on achète au marché, dans les boutiques ou dans les alimentations. Il y a aussi des serviettes lavables et réutilisables produites par la Société Sacodé. Cette dernière peut être utilisée entre 3 et 5 ans.  C’est cette dernière que j’estime assez convenable pour les burundaises d’autant plus qu’elles sont lavables et réutilisables. Aussi, le paquet d’Agateka par rapport au paquet de la catégorie des serviettes jetables est abordable, car elle est utilisée sur une longue période.

EN : Les serviettes hygiéniques sont-elles les mêmes dimensions pour toutes les filles et les femmes sans considération de l’âge?

DMK : Pour les serviettes jetables, les dimensions sont les mêmes sans considération de l’âge. Mais, pour les serviettes « Agateka » produites par l’organisation Sacodé, les dimensions diffèrent selon l’âge. Il y a des serviettes de petites tailles pour les filles pubères, c’est-à-dire qui ont l’âge compris entre 12 et 14 ans. Il y a aussi des serviettes de taille moyenne conçues pour les filles et les femmes ayant l’âge un peu avancé ( à partir de 16 ans). Il y a aussi une catégorie de grande, celle-ci est faite pour les femmes ayant une grande corpulence et celles qui viennent d’accoucher car, ces dernières saignent beaucoup.

EN : Face à tous ces défis, qu’est ce qui devrait être fait et par qui ?

DMK : Nous devrons nous rendre compte que tout burundais doit  parler librement et de manière claire lorsqu’il s’agit des informations à donner aux enfants aux sujets des règles. Ces informations doivent être données avant même que ces jeunes filles atteignent la puberté. Cela dans le but de les préparer précocement en ce qui est des règles pour qu’elles n’aient pas peur de ces dernières. Il faut briser les tabous et avoir une certaine ouverture d’esprit. Aussi, il faut des infrastructures adéquates qui permettent aux jeunes filles et femmes de pouvoir faire leur hygiène menstruelle. Pour y arriver, le gouvernement doit mettre dans ses priorités la question de l’hygiène menstruelle et comprendre qu’il s’agit d’une question épineuse d’autant plus qu’elle concerne plus de la moitié de la population burundaise.  De plus, le gouvernement doit essayer de voir comment rendre financièrement accessible les serviettes hygiéniques en les exonérant. Aussi, avec l’appui de ses partenaires, le gouvernement doit voir comment, comme  dans certains cas, on le fait pour les cahiers, donner gratuitement au niveau des écoles les serviettes hygiéniques.

Notons que la Journée Mondiale de l’hygiénique menstruelle a été adopté en 2014.

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About the Author: Mathias Ntibarikure

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